Faux blogs culinaires : l’IA invente même la cheffe
27 octobre 2026Des recettes à la chaîne, des photos séduisantes et des cuisiniers qui n’existent peut-être pas : DecryptAds a étudié plus de 2 100 domaines culinaires associés à des contenus générés par IA et à la monétisation publicitaire. Le rapport décrit un ensemble de sites et plusieurs groupes techniques ; ce nombre ne désigne pas nécessairement une seule organisation commandée par un même propriétaire.
L’exemple le plus voyant est AddCakes. Le site présente une pâtissière nommée « Elena », dont les images ressemblent, selon les chercheurs, à des versions générées à partir du visage d’Emily Blunt. Science & Vie relate ce cas : une biographie chaleureuse et une famille en images donnent une apparence personnelle à une production automatisée. Le problème n’est pas qu’une recette soit assistée par un logiciel ; c’est de fabriquer l’expérience humaine censée la garantir.
Le rapport original de DecryptAds, daté du 18 octobre, décrit une analyse conduite entre juillet et octobre 2026. À partir d’environ 400 sites examinés, l’équipe a étendu ses regroupements grâce à des identifiants publicitaires et d’autres empreintes techniques. Cette méthode établit des liens et des indices ; elle ne permet pas d’affirmer que chaque recette de chaque domaine n’a jamais été cuisinée.
Les chercheurs examinent aussi les intermédiaires qui vendent les espaces publicitaires, dont certains liens avec des systèmes situés en Russie ou en Chine. La présence d’un partenaire dans une chaîne de monétisation ne démontre pas, à elle seule, que toutes les données de tous les visiteurs ont été exfiltrées. Le rapport souligne même que des éditeurs peuvent ignorer une partie des partenaires ajoutés par leurs prestataires. L’opacité de la chaîne est déjà un problème, sans avoir besoin de lui ajouter un scénario universel d’espionnage.
Pour un lecteur, quelques questions simples restent utiles : l’auteur peut-il être identifié au-delà d’une photo ? Les étapes sont-elles cohérentes avec les ingrédients et les quantités ? Le site explique-t-il sa méthode, ses essais et ses corrections ? Une image impeccable ne répond à aucune de ces questions. Une faute étrange dans un portrait ou un texte peut alerter, mais aucun petit détail visuel ne constitue un détecteur d’IA infaillible.
Pour les annonceurs, l’enjeu est de savoir quels contenus leur budget finance réellement. Pour les créateurs qui testent et photographient leurs recettes, la concurrence porte autant sur la confiance que sur le classement dans les moteurs de recherche. Une page qui emprunte une expertise imaginaire peut détourner cette attention sans supporter le travail qui l’a rendue précieuse.
Notre lecture : voici une modernisation particulièrement efficace pour supprimer le seul poste dont le lecteur avait besoin — quelqu’un qui ait réellement essayé le gâteau. La fausse cheffe raconte son enfance, la publicité encaisse, et le four reste froid.
Ce cas invite à distinguer l’aide à la création d’un contenu et la fabrication d’un témoignage. Automatiser une mise en page peut faire gagner du temps. Inventer une personne qui affirme avoir testé un plat revient à vendre de la confiance en carton-pâte.
Sources
À très vite sur l’EternoStation.
