Critique du film ‘On l’appelait Robin des Bois’ : Hugh Jackman dans un rôle tragique

Critique du film ‘On l’appelait Robin des Bois’ : Hugh Jackman dans un rôle tragique

1 juillet 2026 0 Par eternos974

Quand un mythe se brise pour laisser place à une tragédie humaine, le résultat peut être à la fois déchirant et inédit. On l’appelait Robin des Bois ne se contente pas de reprendre une légende : il la détruit, morceau par morceau, pour en faire émerger un personnage aussi complexe qu’improbable. Hugh Jackman, acteur habitué à incarner des figures déchues (Logan), se plonge ici dans la peau d’un Robin des Bois vieillissant, traqué par ses erreurs passées, et dont la violence n’a jamais été aussi proche de la vérité.

Le film, réalisé par Michael Sarnoski, s’inscrit dans une veine sombre et crépusculaire, proche des univers de Vinland Saga ou de Logan. Ici, Robin n’est pas le héros anticapitaliste que l’histoire a fait de lui. Il est un assassin, un criminel, un homme hanté par le poids de ses actes. Les premières scènes, brutales et visuellement saisissantes, démontrent sans ambiguïté que ce n’est pas un bandit idéaliste, mais un bourreau. L’image du héros valeureux n’est qu’un tissu de mensonges, un masque que le film se donne pour mission de retirer. Cette rupture avec la tradition est audacieuse, et c’est là que réside l’une des forces du film : il force le spectateur à reconsidérer ce qu’il croit savoir sur Robin des Bois.

L’interprétation de Hugh Jackman est un tour de force. Il incarne un personnage à la fois sauvage et vulnérable, dont le regard trahit une violence contenue. Son jeu est similaire à celui qu’il a offert dans Logan, mais ici, il est encore plus nu, plus exposé. Le film ne cherche pas à le réhabiliter, mais à le rendre humain. C’est un rôle qui lui ressemble : celui d’un homme au crépuscule de sa vie, confronté à la nécessité de se reconstruire après des actes atroces. La scène introductive, où Robin raconte sa vérité d’un ton las et cynique avant de massacrer une invitée, est une des meilleures de l’année. Elle brise définitivement toute ambiguïté sur la nature de son protagoniste.

Le film s’interroge sur la rédemption, mais pas de la manière attendue. Il ne propose pas un récit de rédemption classique, où le héros se repent et se rachète par des actes héroïques. Ici, la rédemption est intérieure, fragile, et souvent inachevée. La guérisseuse, interprétée par Jodie Comer, incarne une figure de salut, mais elle est aussi un miroir à la fois cruel et bienveillant. Le film flirte avec des thèmes qui évoquent L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, en questionnant la nature du pardon et la capacité à se reconstruire après des actes atroces. Ce n’est pas un film de débâcle, mais une œuvre lancinante, anti-héroïque, qui tente de démystifier un mythe pour ne laisser qu’un homme nu, confronté à ses propres failles.

À l’heure où les films héroïques ont tendance à se répétitifs, On l’appelait Robin des Bois ose briser les codes. Il n’est pas un film pour les amateurs de récits classiques, mais pour ceux qui cherchent une histoire vraie, douloureuse, et à la fois courageuse. Il pose une question qui reste en suspens : peut-on vraiment se réhabiliter après avoir commis des actes inexcusables ? Et si la rédemption n’est qu’un mirage ? La réponse, comme le film lui-même, n’est pas claire. Mais c’est peut-être là que réside son impact : il nous force à regarder la violence, la culpabilité, et la quête de rédemption, non pas comme des éléments de fiction, mais comme des réalités humaines.

Sources

À très vite sur l’EternoStation.