Interdiction du ‘poverty porn’ au Burkina Faso : un défi éthique et technologique
18 juillet 2026Imaginez un enfant affamé, un sac de riz qui tombe à ses pieds, et une caméra qui capte chaque seconde de cette scène pour générer des milliers de clics. C’est le cœur du ‘poverty porn’, une pratique désormais interdite au Burkina Faso. En juillet 2026, le gouvernement burkinabè a adopté un décret qui vise à encadrer les contenus exploitant la misère, une réglementation qui soulève des questions éthiques et technologiques inédites.
Le ‘poverty porn’ n’est pas une invention du XXIe siècle. Il a ses racines dans les campagnes humanitaires des années 1980, où les images d’enfants faméliques étaient utilisées pour mobiliser les donateurs occidentaux. Mais les réseaux sociaux ont transformé ce format en un business à part entière. MrBeast, l’influenceur de 400 millions d’abonnés, a largement popularisé ce modèle : des vidéos où il distribue des maisons, creuse des puits ou finance des opérations chirurgicales, souvent en mettant en scène des bénéficiaires qui deviennent des ‘figurants’ de leur propre destin. Une logique qui, selon le décret burkinabè, viole la dignité des personnes vulnérables.
L’innovation du décret réside dans sa volonté de cibler non seulement les influenceurs, mais aussi les organisations humanitaires elles-mêmes. Il interdit désormais de filmer des personnes en situation de précarité à côté des dons qu’elles reçoivent, un usage qui réduit leur souffrance à un simple ‘clic’ émotionnel. Mais le défi ne s’arrête pas là. Certaines associations ont commencé à utiliser l’intelligence artificielle pour générer des images de ‘victimes fictives’, créant des familles ou des enfants qui n’existent pas, juste pour maximiser les dons. Une dérive qui pousse la manipulation émotionnelle à son paroxysme, en rendant la misère même virtuelle.
Cette réglementation burkinabè pourrait-elle inspirer d’autres pays ? En France, Dylan Thiry, créateur de contenu, a été accusé de détournement d’argent pour une action humanitaire, illustrant les risques d’un modèle où l’engagement est mesuré en likes et en dons. Alors que l’IA générative continue de dépasser les lois, le défi pour les autorités reste colossal : comment encadrer des pratiques qui exploitent à la fois la misère humaine et la capacité technologique à la reproduire ? La réponse ne sera pas simple, mais elle pourrait marquer un tournant dans la façon dont nous regardons la pauvreté, l’émotion et la technologie.
Et vous, comment imaginez-vous un monde où la misère n’est plus un spectacle, mais une réalité à protéger ? Suivez les évolutions de cette réglementation, car elle pourrait bien redéfinir les frontières entre l’humanitaire, l’art et la responsabilité numérique.
Sources
À très vite sur l’EternoStation.

